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Numéro 48

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Dynamique paysanne et démocratie agraire en pays d`oasis

Les oasis sahariennes constituent toujours un bon terrain d`observation, car les faits y sont généralement plus typés, plus visibles qu`ailleurs. Les sociétés qui y habitent, restées proches de leurs racines, n`excluent pourtant pas les phénomènes de dynamisme interne. Depuis quelques décennies, le monde agraire saharien, du Sud marocain au Sud tunisien, est mu par des transformations souvent étonnantes : régénération des vieilles palmeraies, extensions périphériques, création d`exploitations de toute pièce, mutations techniques, intégration à l`économie de marché, productions pour l`exportation, renouvellement de l`habitat. On peut estimer qu`en 3 décennies, dans cet espace, les superficies en palmeraies ont approximativement doublé. C`est-à-dire que les Sahariens ont réalisé au cours des 30 dernières années autant que ce qu`ils avaient réalisé jusque là. Or, dans le cas de ces sociétés de petites paysanneries, nombreuses, démunies de moyens, à l`étroit sur leurs parcellaires, la question fondamentale a toujours été celle de l`accès à la terre (ou, ce qui revient au même, celle de l`accès à l`eau). La phase d`expansion antérieure qu`a connue l`agriculture saharienne, celle de l`apogée coloniale, s`était traduite par une concentration foncière et un accroissement indéniable des disparités agraires (J.J. Pérennès, 1979). La phase actuelle, s`ouvrant dans un contexte de libéralisation économique et d`intégration large du Sahara à l`économie de marché, pourrait logiquement se traduire également par une montée des inégalités agraires. Or, par delà la grande variété locale de situations, la tendance générale apparaît être autre. Le dynamisme agricole actuel parait s`accompagner d`une redistribution relativement large des cartes agraires à une vaste portion de la population. Le fait est suffisamment rare dans le monde agraire pour que l`on s`y arrête un peu afin de le décrypter. C`est ce que nous voudrions faire, en pensant à l`ensemble des oasis maghrébines, et en prenant nos exemples plus spécialement dans le Bas-Sahara algéro-tunisien (cf fig. n° 1).L`analyse révèle là trois modalités, trois processus différents, mettant en cause trois acteurs différents.



Terroirs et dynamiques paysannes en Tunisie Aousja (sahel de Bizerte)

Adossé au versant sud du Jbel Ennachrine dont il occupe une large partie du piémont, le terroir de Aousja appartient à la frange méridionale du Sahel de Bizerte. Ici comme dans les autres terroirs de cette région de montagnes de collines et de bassins littoraux et sublittoraux, l`espace cultivé est une conquête sur un milieu naturel souvent hostile, par des communautés profondément enracinées à la terre et dans l`épaisseur sociétale de la Tunisie du Nord-Est. Héritière de l`ancienne Membrane romaine, Aousja est aujourd’hui` au centre d`un terroir soigneusement aménagé et intensivement mis en valeur depuis l`immigration morisque du début du 17è siècle. Certes, l`alternance de périodes de crises et de périodes « calmes » a tantôt entraîné le repli de l`agriculture, tantôt son essor et son ouverture sur les marchés des villes proches. Mais en adaptant leurs activités et l`organisation de leur terroir aux conjonctures comme aux mutations de longue durée, les paysans ont pu ainsi assurer, souvent au prix de grandes difficultés, la continuité du fonctionnement de cet espace local. L`évolution récente apporte un témoignage supplémentaire sur la capacité de la paysannerie maghrébine à valoriser l`héritage de son savoir cognitif et pratique et à l`intégrer aux techniques modernes d`exploitation, à mettre à profit, en cas de besoin, les opportunités offertes par son environnement extérieur. L`exemple du terroir de Aousja est celui d`une campagne dynamique.



Le moyen atlas central a l`ère de l`arboriculture :L`épanouissement d`une production moderne dans un milieu rural traditionnel

Au Maroc, l`agriculture tient toujours une place prépondérante dans l`économie nationale . Le choix du pays dans ce domaine repose essentiellement sur la politique de la grande hydraulique. Les régions bénéficiaires de cette politique correspondent majoritairement aux riches plaines et plateaux atlantiques. Les autres régions, situées la plupart du temps loin des grands axes de communication et des zones d`influence (centres de décision, pôles de consommation), ont été, pour des raisons de rentabilité, marginalisées. Pourtant, bien des expériences nous montrent aujourd’hui` qu`il n`y a pas de fatalité géographique pour ces régions. Du moins ne sont-elles pas aussi pauvres qu`on a toujours voulu nous le faire croire. De par leur richesse et la diversité de leurs potentialités, certaines de ces régions sont à même d`occuper un rôle incontournable dans l`économie du pays. Le cas du Moyen-Atlas central illustre parfaitement cette réalité.« Région montagneuse », « zone de boue défavorable », « de petite hydraulique » autant d`appellations pour désigner cette partie du Maroc fragile et « non utile ». Il n`en reste pas moins qu`il s`agit d`une région productrice de viandes, de céréales, d`huiles, de bois, de cultures maraîchères... et, surtout et de plus en plus, de fruits de rosacées. Grâce au développement récent des vergers de pommiers, de poiriers, de pêchers, de cerisiers et de pruniers à travers de nombreux terroirs, cette région est devenue l`un des plus importants bassins fruitiers du pays. Cette nouvelle situation suscite aujourd’hui` de nombreuses réactions parmi les chercheurs intéressés par les problèmes de développement en zones de montagne et de cultures sèches. Parmi les questions au cœur des débats actuels est celle de savoir comment une telle culture, réputée moderne et très exigeante, a-t-elle pu se développer dans un milieu rural traditionnel à caractère montagneux ? C`est-à-dire en dehors des périmètres de grande hydraulique. S`agit-il d`une initiative spontanée conduite par la paysannerie locale ou d`une intervention « étrangère », étatique notamment ? Pour quelle raison les producteurs concernés ont-ils choisi d`investir dans un secteur pourtant nouveau et peu connu ? S`agit-il d`une production complémentaire, ou d`une source de rente capitale au sens moderne du terme ?



L`impact des revenus migratoires sur l`agriculture dans la vallée du Todrha (sud marocain)

Tout au long de notre travail, nous avons remarqué que les cultures pratiquées dans le Rhallil sont en particulier des cultures exigeantes et délicates (maraîchage et arboriculture)qui nécessitent une discipline dans le travail, une conduite fixée par des mesures agronomiques précises et une gestion financière moderne. Les principaux problèmes demeurent cependant au niveau du savoir-faire des agriculteurs qui reste relativement insuffisant d`une part, la négligence des normes techniques agronomiques et la mauvaise gestion d`autre part. A titre d`exemple, certaines paysans taillent mal les arbres ou bien au mauvais moment, coupent au ras du sol la luzerne, alors que d`après les techniques agronomiques, il vaut mieux la couper entre 5 et 8 cm du sol ; ils ne respectent pas les normes techniques de la plantation, la pratique des engrais, les régularités des traitements. A cela, viennent s`ajouter les problèmes de gestion des exploitations rencontrés par les fellahs en majorité analphabètes, les difficultés des calculs, des bilans et l`absence totale de la prévision qui sont à notre avis les leviers les plus puissants pour un véritable action de l`Etat. C`est en effet dans ce cadre qu`une action de vulgarisation et une modernisation systématiques des techniques de production sont indispensables.



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